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Interview Nando De Colo : "Je ne me lasse jamais des trophées"

Fenerbahçe Istanbul
Propos recueillis par Clément Daniou - 16/06/2022
Mardi, Nando De Colo est devenu Champion de Turquie avec le Fenerbahçe. Son 18e trophée en carrière.

Trois ans après son arrivée dans la capitale stambouliote, Nando De Colo vient de remporter son premier trophée majeur avec le Fenerbahçe après la Coupe de Turquie en 2020. Opposés à l'Anadolu Efes, Nando De Colo et ses coéquipiers ont réalisé une performance magistrale, remportant la série 3-1 et mettant fin à la supprématie du club rival. Revenu à un très haut niveau après une année marquée par deux blessures qui l'ont éloigné des terrains plusieurs mois, Nando De Colo a été un artisan majeur du succès des siens. Avec 14,8 points de moyenne, 4,8 passes décisives et 1,5 interceptions pour 16,6 d'évaluation par match, il a prouvé qu'il n'avait rien perdu de ses immenses qualités et de sa vista. En fin de contrat à Istanbul, au repos cet été après treize ans à enchaîner saisons en club et équipe nationale, l'arrière qui va bientôt fêter ses 35 ans est revenu avec nous sur cette saison. 

Mardi, vous avez remporté votre 18e trophée en carrière. Est-ce qu’on ne se lasse pas de gagner autant ?

Tu ne te lasses jamais des trophées, au contraire c’est ce qui te pousse à en vouloir toujours plus. Ce sentiment de victoire tu as envie de le revivre encore et encore. Depuis la Coupe de Turquie gagnée lors de ma première saison il n’y a pas eu de titre entre temps. Le fait de pouvoir retrouver ce sentiment c’est génial, même si j’ai eu la chance d’avoir l'Equipe de France entre temps. C'est toujours agréable de pouvoir ajouter une ligne à son palmarès et de finir la saison sur une bonne note.

Vous avez une salle dédiée chez vous pour les entreposer ?

On m'avait déjà posé cette question il y a quelques années mais le problème c’est que je n’ai pas encore vraiment de chez moi. Le fait de voyager, de ne pas être forcément dans le pays où tu vivras plus tard ne me permet pas d'avoir une salle des trophées. Il y en a pas mal chez mes parents, quelques-uns sont chez mon agent, d’autres en Espagne. Plus tard je prendrai le temps d’organiser tout ça.

En signant au Fenerbahçe en 2019, vous attendiez-vous à ce que ce soit aussi difficile ?

Ce n’est jamais facile, quel que soit le club. Dans tous les championnats, tu as toujours deux ou trois clubs qui sont capables d’aller chercher ces trophées. Après il y a eu une année écourtée avec le Covid, l’année dernière la Coupe de Turquie n’a pas eu lieu. Ce n’est pas comme si on était passé à côté tout le temps. C’est plus par rapport à l’EuroLeague. On se qualifie de justesse en Playoffs l’année dernière, cette année on n’est pas qualifié. La frustration elle est là.

Il y a donc une pointe de regret par rapport à l'EuroLeague ?

Quand j’ai signé ici, mon objectif comme dans n'importe quel club est d’aller chercher le plus de récompenses et de faire le maximum pour amener l’équipe le plus haut possible. Quand en trois ans tu changes trois fois d’entraîneur, d’effectif, ça ne facilite pas les choses. Mais je savais que contrairement à l’année dernière où Efes était bien au-dessus, cette année on avait une équipe beaucoup plus complète. On l’a prouvé au final.

Cette victoire en BSL, est-ce une fin heureuse dans une saison compliquée pour vous à cause de toutes ces blessures ?

Je ne vais pas dire que j’ai été pas mal blessé mais plutôt que deux blessures m’ont éloigné des parquets. Je n’ai pas ressenti ces blessures comme un manque physique. Premièrement je me casse la main, qu’est-ce que tu veux faire ? Des contacts comme j’en ai pris sur le match contre Lyon, j’en prends tous les jours à l'entraînement. Cette fois-là, manque de bol, ça m’a éloigné des terrains pendant deux mois. La deuxième a été plus contraignante avec un petit problème au mollet alors que je me pensais en forme. Ce n’est pas évident mais ça arrive et il faut essayer de faire le maximum pour revenir en forme. Encore une fois, c’est plus la deuxième qui m’a fait mal parce que c’était à un moment où l’équipe avait besoin d’être au meilleur de sa forme pour se qualifier pour les Playoffs d'EuroLeague. Malgré tout, j’ai continué de bosser et j’ai essayé de finir la saison de la meilleure façon et c’est ce que je vais retenir. 

Vous avez largement dominé Efes en finale, qu’est-ce que ça dit de votre équipe ?

Je ne vais pas commencer à faire des histoires en disant qu’on vient de battre largement le champion d’Europe en titre. Il faut remettre les choses dans leur contexte. L’équipe d’Efes en EuroLeague et celle en championnat turc n’est pas du tout la même. On connaît tous les règles qui sont à respecter sur le nombre d’étrangers présents. Je pense qu’à un moment donné ils ont dû faire des choix d’effectif qui étaient plus à notre avantage. Nous on a la chance d’avoir une équipe beaucoup plus complète sur le papier, surtout dans le championnat turc. Et même si la loi du terrain est toujours différente, on a montré que sur le papier et sur le terrain, on était au-dessus. Lors du match 3, ils ont montré qu’ils avaient deux joueurs qui étaient clairement capables de faire la différence. Au final, notre collectif était mieux préparé.

On a senti Sasa Djordjevic revanchard, lui qui a souvent été critiqué cette saison...

Oui peut-être et c’est tout à son honneur. Je pense que comme tout le monde ça a été une saison compliquée. Il y a eu des hauts, des bas, des blessures, ça a pas mal parlé. On commence la saison avec un coach qui n’a pas vraiment choisi son effectif mais jusqu’au dernier moment il a fait le maximum pour l’équipe. C’est le type de coach qu’est Djordjevic. Je fais rarement attention à ce qui se dit à côté mais au bout d’un moment ça parle tellement que tu es obligé de le faire. Il y a eu pas mal de rumeurs un ou deux mois avant le début des Playoffs disant qu'il y aurait un nouveau coach pour la saison prochaine donc je peux comprendre son état d’esprit. Le fait de gagner ce championnat montre qu’on a réussi à faire quelque chose. Monter une équipe et gagner des titres ça ne se fait pas du jour au lendemain, ça prend du temps. Pour aller plus loin, il faut garder cette continuité mais c’est souvent ce qu’il y a de plus difficile à faire.

Vous ne participerez pas à l'EuroBasket cet été. Comment allez-vous aborder cette période sans équipe nationale ?

Je n’y pense pas trop. J’avais vu passer un tweet d’Evan qui expliquait que ma décision était déjà prise depuis l’été dernier et c’est le cas. Je pense qu’avec la saison dernière plus les Jeux Olympiques et la saison qui s’enchaîne le rythme est très soutenu. Depuis 2008, je n’ai pas raté un été avec l’Equipe de France. La seule compétition que je rate c’était la Coupe du Monde en 2014 et encore je suis allé au bout de la préparation mais je me casse la main. Je pense que j’ai besoin de ce break, tant physiquement que mentalement. Tout se passe bien de mon côté mais j’ai besoin de me retrouver un peu, d’être avec ma famille surtout, de pouvoir profiter de mes filles. L’été dernier, je n’ai eu que deux semaines de vacances, je n’ai pas réellement pu en profiter. Aujourd’hui on va bientôt rentrer en France, on va voir la famille, bouger pas mal. Je vais prendre le temps de bosser de mon côté pour repartir encore mieux la saison prochaine et bien évidemment je vais suivre ce que fera l’équipe cet été. Encore une fois, c’est une décision qui est prise avec beaucoup de réflexion derrière parce que je sais qu’on a la capacité d’aller chercher un titre de champion d’Europe. Mais il faut aussi penser aux prochaines échéances. J’ai comme objectif de faire partie de l’aventure en 2023 et 2024 et pour ça il faut être opérationnel. A partir de là, la décision de prendre du repos cet été était la meilleure chose à faire. 

Votre nom circule partout en Europe. De quoi on a envie quand on va avoir 35 ans ? Un engagement longue durée ? Gagner une dernière fois ?

Je sais que je vais avoir 35 ans mais le sujet n’est pas là. Le principal c’est ce que tu es encore capable de produire sur le terrain et ta motivation. Oui, je suis plus sur la fin de carrière que sur le début. Je suis en fin de contrat avec le Fenerhaçe, ce n’est pas un secret, j’essaye de vor les opportunités qui s’offrent à moi. Je vais prendre le temps d’y réfléchir. Je vais penser aux deux ou trois prochaines années car je me vois encore évoluer à ce niveau. Je reste très professionnel dans mon approche et très motivé avant tout. Quelle que soit ma décision pour les saisons à venir, le fait d’aller chercher d’autres trophées restera un objectif. Le but est donc de rester en EuroLeague. Ça peut paraitre normal mais aujourd’hui on ne sait jamais ce qui peut arriver.