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ÉQUIPES DE FRANCE JEUNES

"J’ai demandé à Batum de rater exprès"

Julien Guérineau - 14/08/2020
FIBA
Pour sa dernière sur le banc d’une équipe nationale, Lucien Legrand se voit offrir par les U16 le plus beau des cadeaux d’adieu : sa première médaille internationale. Et du plus précieux des métaux.

"Je me disais qu’il fallait laisser la place." Au début de l’année 2004, Lucien Legrand (55 ans à l’époque), n’est pas encore certain de s’installer sur le banc des U16 pour son septième Euro dans la catégorie. "Jean-Pierre de Vincenzi m’avait dit : tu me fais chier : fais une dernière campagne ! Il a bien fait d’insister." Quelques mois plus tard, le directeur du Pôle France, monte pour la première fois sur un podium européen. Et sur la plus haute marche. Il évacue ainsi des années de frustration avec notamment deux 4e places en 1997 et 1999. "La place du con elle te reste en travers de la gorge", sourit Legrand. "Le titre ça me fout encore la chair de poule d’en parler. Mon rêve c’était ça."

La route vers les sommets n’a pourtant pas été jonchée de roses. La génération 88-89 ne survole pas son sujet et sa première sortie est une sortie de piste contre la Turquie : 45-53. Les Bleuets corrigent cependant le tir pour signer trois succès consécutifs mais un revers face à la Russie lors de la deuxième phase rebat les cartes. La dernière journée qui doit délivrer le nom des deux demi-finalistes est celle de toutes les incertitudes. Mais surtout celle de tous les calculs. Les Russes dominent l’Italie de Danilo Gallinari en milieu d’après-midi. Au moment de rentrer sur le parquet contre l’Espagne, la France sait donc qu’une victoire ou une défaite de 5 points ou moins lui ouvre les portes du dernier carré.
Les Espagnols, déchaînés, sont en position de force quand débute le quatrième quart-temps (42-51). Mais les troupes de Lucien Legrand réagissent, portées par Nicolas Batum. Discret depuis le début de la compétition, l’ailier du Mans change de braquet, vexé notamment par un coup de coude d’un adversaire. Les U16 recollent et dans les dernières secondes, les Espagnols, conscients qu’ils ne pourront récupérer le point-average, font tout pour ne pas gagner et envoyer le match en prolongation. "A mon dernier temps-mort je demande à Nicolas Batum de rater délibérément ses lancers-francs", se rappelle le coach. "Il ne voulait pas. Mais parfois il faut accepter de perdre pour gagner." L’Espagne l’emporte 65-66 mais ce sont les Tricolores qui célèbrent… la défaite.

Passés très près de la correctionnelle, les jeunes français vont saisir l’opportunité qui leur est offerte de retrouver turcs puis russes. "Les mecs avaient un esprit de vengeance", estime Lucien Legrand. "On a fait une séance vidéo contre la Turquie en les challengeant : est-ce que toi tu peux faire une erreur de moins ? Tu peux prendre un rebond de plus ? Et ils ont répondu." En demi-finale, l’arrière Abdoulaye M’Baye est impeccable (19 pts, 7 rbds) pour mener une remontada diabolique dans le dernier quart-temps (22-5). En finale, quatre joueurs dépassent les 10 unités, Ludovic Vaty domine la raquette (12 pts, 19 rbds) tandis que Nicolas Batum confirme son profil de couteau-suisse (10 pts, 9 rbds, 4 pds, 4 blks). Le 15 juillet, l’Equipe de France U16 remporte ainsi la première médaille de l’histoire de la catégorie. Le 16, Lucien Legrand, pour son anniversaire, rentre à Paris une médaille d’or autour du cou.