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EQUIPE DE FRANCE A FEMININE

"Je console les autres"

Julien Bacot/FFBB
par Julien Guérineau, à Rio - 05/08/2016
Céline Dumerc ne participera pas aux Jeux Olympiques de Rio. Touchée à la cheville mercredi soir à l’entraînement, la capitaine des Bleues sera remplacée par Amel Bouderra. Au village olympique, elle s’est exprimée, pour la FFBB, sur les circonstances de sa blessure, les sentiments qui l’assaillent depuis 24 heures et son avenir en Equipe de France.

Pouvez-vous revenir sur les circonstances de votre blessure ?

Jeudi nous avons eu la chance d’avoir accès à notre gymnase de compétition pour l’entraînement. Les photos officielles ont eu lieu juste avant. Je me vois y rentrer en me disant : c’est là que l’on va jouer. J’ai associé ça à Londres, j’étais vraiment excitée à l’idée de débuter ces Jeux Olympiques à Rio. Sur une action anodine, je saute pour faire une passe et sur la réception mon pied s’est mal repositionné et ma cheville a tourné. J’ai eu très mal mais je suis assez sensible à la douleur et dans ces circonstances tes sentiments sont plus développés. J’étais frustrée et j’ai pété les plombs. Cela m’arrive souvent de me tordre les chevilles et si j’ai pensé que je ne serai pas prête dans trois jours, jamais je n’ai imaginé ne pas participer à la compétition.

A quel moment avez-vous compris que votre participation était compromise ?

Immédiatement le staff a prodigué les premiers soins : glacer, compresser, garder la cheville en hauteur pour limiter l’œdème. Je suis rentrée aux vestiaires puis au village. Le pied me lançait et je n’étais pas forcément très agréable, on ne pouvait pas m’approcher même si les filles voulaient m’aider à me porter. Je voulais marcher seule. Pour moi ce n’était pas grand-chose. J’ai rapidement fait une échographie dans notre bâtiment. Les informations se bousculaient et je n’ai pas tout retenu : degré 3-4, ligament superficiel… Les visages du staff médical ne se décomposaient pas. Ma question c’était : puis-je jouer, même blessée, sans mettre en danger mon intégrité physique ? Je croyais possible de revenir. Mais à l’IRM, le docteur me parle d’un ligament rompu. Un ligament profond et non superficiel comme évoqué à l’échographie. J’ai demandé le délai classique pour revenir. Six semaines. Et moi j’avais deux jours !

Y a-t-il une forme de déni dans ces moments-là ?

J’étais dans un état étrange. Ma première pensée a été : il faut que Valérie Garnier appelle quelqu’un. En me disant ça, je savais que je renonçais à mon accréditation. Quand tu viens aux Jeux, tu sais que ce petit bout de plastique est difficile à obtenir et que c’est ta vie ici. Pour qu’une autre la prenne, je devais rendre la mienne. J’avais seulement espoir de trouver un subterfuge pour pouvoir rester au village. En attendant qu’Amel arrive, que la cérémonie se passe, je plane un peu. Je suis sur mes béquilles, mon téléphone est prêt à exploser avec tous ces messages que j’ai du mal à ouvrir sans avoir un pincement au cœur. En plus je vois le groupe impacté par ce bazar et ce n’est pas l’idéal pour préparer la Turquie. J’ai envie de me faire toute petite. Ce n’est plus ma compétition mais comme l’a dit Valérie Garnier, les Jeux ne sont pas terminés ! Ils n’ont pas commencé ! Je ne veux pas parasiter les choses, mais j’ai un rôle à jouer, et si ce n'est pas du tout celui que j’avais prévu, à moi de l’accepter.

La proximité avec vos coéquipières est bien plus importante aux Jeux que dans des compétitions classiques. A quoi a ressemblé votre nuit ?

Quand je reviens au bâtiment, des athlètes français sont en bas. Je demande au kiné d’essayer de les éviter. Tu n’as pas forcément envie de parler, tu sais qu’ils sont tristes pour toi et que qu’ils n’ont pas les mots. Mais impossible de ne pas les croiser et j’ai passé la soirée à avoir des visites. Les garçons sont venus, j’ai passé du temps avec les handballeuses. Tout le monde se met à ma place. Cela m’a permis d’extérioriser et de mieux encaisser la nouvelle plutôt que de ruminer toute seule. Tu consoles les autres en fait, ils sont presque plus tristes que toi. Il y a pire dans la vie, il faut savoir relativiser. Et ici il y a une énergie… Si j’ai la chance de pouvoir rester, je vais devenir supportrice de mon équipe mais aussi des basketteurs. J’essaye de transformer cette expérience malheureuse en quelque chose de positif.

Il semble que ce matin vous avez eu à choisir entre rester à Rio ou rentrer en France en compagnie du Président de la République ?

(elle sourit) Effectivement. J’ai croisé le Président François Hollande jeudi matin au self. Il était au courant de ma situation et m’a proposé de rentrer aujourd'hui avec lui. Cela m’a fait sourire. Je lui ai dit que j’allais réfléchir mais que je préférerais rester au village. Soutenir mes copines reste ma priorité même si cela risque d’être un crève-cœur d’être impuissante. Je me suis demandée comment j’allais être capable de vivre cette situation.

A 34 ans la question de la fin de votre carrière internationale va se poser. Avez-vous eu l’occasion d’y réfléchir ?

Avant les Jeux je ne savais pas répondre à cette question. Je voulais me laisser le temps. Finir comme ça ne m’enchante pas. Il faut que je me rétablisse, que je sache exactement ce qu’il en est de cette blessure : opération ou pas. J’ai une saison avec mon nouveau club de Basket Landes qui va débuter. La réflexion sur l’Equipe de France viendra après. Si j’en ai la capacité et l’opportunité je me dis que je ne peux pas m’arrêter sur une blessure. Les mois à venir et mon corps détermineront si je peux poursuivre.

Il y a 4 ans vous aviez marché sur l’eau pour mener les Bleues en finale des Jeux. Pensez-vous qu’une autre joueuse pourra connaître ce même état de grâce ?

J’ai envie de dire que nous n’avons pas besoin de ça. L’Equipe de France féminine participe pour la troisième fois aux Jeux Olympiques. Nous ne sommes pas comme les Etats-Unis ou l’Australie qui participent et gagnent une médaille à chaque fois. Finir sur le podium serait une performance incroyable. En 2012, j’ai un peu tiré le groupe mais je me souviens du quart de finale où Endy Miyem nous sort de la panade. J’ai été plus constante donc on n’a parlé que de moi mais à chaque match une joueuse différente performait. Aujourd’hui, je ne suis pas là et peut-être certaines vont-elles se transcender alors qu’elles auraient trop attendu de moi dans d’autres circonstances. J’ai confiance.

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