Basketball Magazine
"Prendre le destin par les cornes." Ces quelques mots apposés en signature du site web des Toros sonnent comme une promesse. Nouveau président, nouveau coach, nouvelle équipe, nouveaux actionnaires, nouvelle identité visuelle… le club s’est totalement réinventé au cours des derniers mois. "Il existe depuis longtemps, nous ne partons pas d’une feuille blanche", nuance Fabien Conte, président du TBC depuis le printemps 2025. "L’ambition était de s’appuyer sur l’existant et de réussir à le transformer en un nouveau modèle, une entité qui dépasse le cadre du basket. Nous voulions développer notre vision, notamment celle de créer une véritable communauté autour du TBC." Partenaire majeur du club ces dernières années, le chef d’entreprise a été l’un des initiateurs du récent passage de l’association en SAS (Société par Actions Simplifiée). À la tête de cette nouvelle structure, le néo-dirigeant a réuni des actionnaires célèbres et admirés sur le territoire : les rappeurs Bigflo et Oli, la star du Stade Toulousain, Antoine Dupont, et le champion de natation, Léon Marchand, natif de la ville rose. "Nous avons créé cette SAS avec un capital de 150 000 euros, ce qui reste presque anecdotique en termes de montant. Ce que nous voulions avant tout, c’était initier un vrai projet. L’argent ne permet pas tout. Leur notoriété, leur savoir-faire, leur excellence dans la performance sportive, c’est ce qui était le plus important dans un premier temps."
Au-delà de leur contribution financière au capital du club (43 000 euros) les quatre personnalités ont offert un formidable coup de projecteur au démarrage du projet. Pour les deux musiciens, l’investissement au quotidien est même plus marqué. "Ils ont énormément travaillé la direction artistique, le logo, le nouveau maillot", explique le dirigeant. "Nous voulons créer une marque lifestyle attractive à laquelle les Toulousains peuvent s’identifier. Nous avons un public jeune, il fallait quelque chose avec une identité très marquée et ça, Bigflo et Oli savent très bien le faire." Maillot officiel au design épuré, sweats et t-shirts floqués de visuels tendance, les fans des Toros ont de quoi renouveler leur garde-robe. "Partout dans la ville, nous voyons des gens porter les maillots du Stade Toulousain et du TFC. D’ici quelques années, nous voulons également voir le maillot du TBC dans les rues."
Les dirigeants l’ont bien compris, cette reconnaissance extra-sportive ne pourra s’obtenir qu’avec des succès marquants sur les parquets. Or sur le volet purement sportif, Toulouse est reparti de très loin l’été dernier, le meneur Dennis Ona Embo étant le seul à rempiler pour l’exercice 2025-2026. "Avec une masse salariale moyenne de NM1, nous avons choisi de lancer ou relancer des joueurs en espérant disputer le milieu de tableau." Recruté pour rebâtir un collectif puis proposer un basket résolument offensif, le coach Romain Tillon a réussi ce double pari. Deuxième meilleure attaque de la division (87,9 points en moyenne) et quatrième de la poule A au terme de la première phase du championnat (17 victoires et 9 défaites), le TBC a renversé une situation pourtant très mal embarquée (4 défaites consécutives pour démarrer la saison). "On s’attendait à voir une attaque performante, on n’imaginait pas être dans cette position à la fin du mois de février. Nous sommes très satisfaits, notamment du jeu alléchant qui est proposé. C’est ce que nous voulions pour plaire aux spectateurs." Ces derniers mois, ils sont 2 000 en moyenne à s’époumoner au Petit Palais des Sports. Fin février, le club enchainait même son 7e match consécutif à guichets fermés. "Les gens viennent grâce à nos résultats mais également pour l’ambiance que nous créons à chaque match."
Parmi tous les chantiers entrepris par les nouveaux décideurs cette saison, le secteur événementiel reçoit une attention de tous les instants. "Nous sommes convaincus que notre potentiel ne se limite pas aux fans de basket", explique Sébastien Laforgue, responsable du pôle "Image & Fan Expérience". Inconditionnels des Toros ou supporters occasionnels, les spectateurs bénéficient à chaque rencontre d’une expérience renouvelée, immersive et ouverte sur la culture locale. "La routine tue. Si, chaque soir de match, on s’assoit à la même place pour entendre les mêmes musiques et voir les mêmes animations, il y aura forcément de la lassitude." Concerts et DJ sets, animations par des créateurs de contenus, démonstrations de disciplines urbaines, jeux interactifs, blind tests… le club multiplie les essais pour surprendre ses spectateurs. "Nous testons car nous avons la chance de jouer en troisième division où la prise de risque est limitée. Nous pouvons co-construire notre modèle avec le public." Début 2026, le TBC a franchi un autre cap en délocalisant avec succès une première rencontre au sein du Grand Palais des Sports, 4 300 places au compteur. "Nous avons refusé environ 2 000 personnes, l’engouement autour de l’événement a été incroyable."
Carré VIP, places premium au bord du terrain, animations XXL, le TBC a vu les choses en grand et s’est reposé sur une armada de 130 bénévoles pour assurer ce redimensionnement. "Un vrai tour de force car nous n’avons aucun salarié", souligne Fabien Conte. "Nous avons la chance d’avoir des gens très impliqués, une trentaine de bénévoles permanents, notamment des étudiants qui souhaitent se mêler à cette aventure." Acteurs et spectateurs, les jeunes sont en effet au cœur du projet toulousain. "C’est ce qui nous anime au quotidien, partager du temps ensemble pour créer des événements différents. Nous impliquons de plus en plus d’écoles spécialisées dans le commerce, le marketing, la communication." Sur tous les terrains, le TBC grandit un peu plus vite que prévu. "Sans ambition, on ne fait pas grand-chose. Nous voulons rejoindre l’ELITE 2 sous deux ans. Une fois cette étape franchie, nous aurons le droit de rêver." L’emménagement définitif des Toros dans une arène comme le Grand Palais sera une étape indispensable. "Le travail est initié auprès de la mairie, on espère qu’elle répondra à notre demande. C’est l’élément déclencheur qui nous permettra de viser la deuxième division et, à terme, le plus haut niveau."