Equipes de France jeunes

"Dès que je suis arrivé sur le terrain, c’est venu naturellement"

Par Julien Guérineau|Aujourd'hui
Tony Parker - Infinity Nine Media/Lilou Danjoux.
Tony Parker débute véritablement sa nouvelle carrière d’entraîneur, à la tête de l’Équipe de France U17 qui prépare, à partir d'aujourd'hui, à Lyon, la Coupe du Monde (Istanbul, 27 juin au 10 juillet).

Comme joueur vous n’avez jamais disputé une Coupe du Monde. Vous êtes-vous dit, ma chance c’est d’en faire une comme entraîneur ?

(il rigole) C’est vrai que c’est paradoxal. Pour remettre un peu dans le contexte, à l’époque, le championnat du Monde ce n’était pas la compétition que tout le monde voulait faire. Comme il y avait un EuroBasket tous les deux ans et les Jeux Olympiques, c’était chaud de jouer tous les étés. Avec les Spurs on allait loin en playoffs, j’ai fait huit finales de Conférence et à un moment donné il fallait choisir. C’était le championnat du Monde.

Quel est votre degré d’excitation sur une échelle de 1 à 10 ?

20 ! Je suis tellement excité. Comme un premier jour d’école. J’étais tellement heureux de remettre ce t-shirt Équipe de France ! En plus ce n’est que le début. Je n’ai pas encore fait un match, pas encore entendu l’hymne national. Mais j’étais super excité, cela faisait 10 ans que je n’avais plus mis une dotation Équipe de France.

Faut-il parfois tempérer cet enthousiasme ?

Il faut trouver le juste milieu, c’est certain. Mais je préfère de beaucoup avoir cette énergie. Les joueurs vont le ressentir. La passion, l’excitation. Que je suis là pour co-construire avec eux. Les accompagner, les rendre meilleurs et vivre une belle aventure humaine.

Vous parlez immédiatement de co-construction, un mot que Vincent Collet a longtemps répété à la tête de l’Équipe de France ?

Cela revient souvent parce que c’est important. Tout le monde a envie de se sentir concerné. J’ai fait pas mal de tests avec mon staff pour connaître les traits de caractère. Et ce qui revient c’est que lorsque tu ne te sens pas concerné, tu te mets en retrait. Et moi j’ai envie que tout le monde ait son mot à dire et qu’on fasse les choses ensemble. C’est le projet de l’Équipe de France et il n’y a pas plus haut que ça. Je veux que mon staff comme mes joueurs le ressentent.

A quel point la constitution de votre premier staff était-elle primordiale pour vos débuts d’entraîneur ?

Je n’avais pas d’a priori. Le premier point c’est que je voulais absolument travailler avec Dounia Issa. On a joué ensemble en Équipe de France. Humainement il est incroyable. Il monte vraiment en puissance comme entraîneur. Pour moi c’était une évidence. Ensuite il était important d’avoir un entraîneur qui connaisse bien la génération, qui a vu les joueurs au quotidien, qui a participé à l’Euro U16. Donc il était logique de poursuivre l’aventure avec Benjamin Berkani avec qui nous avons bien connecté. Ensuite j’avais envie de m’appuyer sur quelqu’un de ma formation, de ma promotion, Old Lo. C’est aussi une manière d’amener de la lumière sur ces parcours, d’apporter ma pierre à l’édifice du coaching français. Quand on voit le nombre de joueurs français en NBA et en EuroLeague, ça prouve que la formation française est incroyable.

Vous sentez-vous à l’aise dans votre nouveau rôle ?

Très à l’aise. Mais bien sûr que je me posais des questions. J’avais envie, le terrain me manquait et j’avais la sensation que j’avais beaucoup à transmettre et à donner. Mais au début tu ne sais pas comment tu vas réagir. Dès que je suis arrivé sur le terrain, c’est venu naturellement. Je sais que j’ai beaucoup d’activités mais le truc numéro un ça restera le basket. C’est mon premier amour et ça ne changera jamais. Le break que j’ai eu était parfait. J’ai joué tellement de matches ! L’envie est revenue petit à petit. J’en ai beaucoup parlé avec mon père. Et quand j’ai fait le choix de me lancer, j’en ai aussi parlé avec Gregg Popovich, Thierry Henry, Zinedine Zidane. Faire le tour pour voir comment ils s’étaient sentis. Quand tu connais mon histoire d’amour avec l’Équipe de France c’était logique de commencer par là. J’ai posé ma candidature et aujourd’hui je suis là.

Avec un premier stage de prise de contact début mai vous êtes rentré de plein pied dans la préparation de l’équipe pour la Coupe du Monde. Quelles sont vos premières impressions ?

J’adore ! Je suis quelqu’un de très organisé. J’adore être préparé. Quand tu travailles avec un staff de qualité c’est un bonheur d’échanger sur le basket. On a une belle génération et on va vivre une compétition de malade.

Vos joueurs sont nés en 2009. Ils ont sans doute commencé à regarder du basket alors que votre carrière touchait à sa fin. Comment ressentez-vous le fait que cette génération n’a sans doute pas la perception du joueur que vous étiez ?

Je vois ce que tu veux dire. Mais je ne me pose pas la question. Mon but c’est de les faire progresser, de les accompagner, de construire un projet avec eux. Je ne me demande pas s’ils me connaissent, s’ils ont conscience de ma carrière. Et je ne veux pas me placer comme ça. Je suis là pour eux. Mon truc c’est de gagner des médailles.

La génération 2009 se caractérise notamment par la présence de joueurs déjà référencés sur le plan continental. Attendez-vous qu’ils prennent rapidement le leadership de ce groupe ?

Il faut trouver une complémentarité. Nous avons des joueurs connus sur cette génération, que ce soit Nathan Soliman, Aaron Towo-Nansi et Messi Yangala. Autour d’eux il faudra composer une équipe et le premier stage où Nathan et Aaron n’étaient pas présents m’a permis de découvrir les joueurs dans un contexte particulier. J’ai pu voir les traits de caractère, qui pourra prendre le leadership, qui va s’imposer. Je regarde tout.

Votre génération, championne d’Europe U18 en 2000, a fait profondément évoluer l’approche des compétitions de jeunes des Équipes de France, avec des joueurs particulièrement ambitieux…

Il faut être ambitieux. Mais il ne faut pas se tromper de combat. J’en ai beaucoup parlé avec Ruddy Nelhomme, suite à son expérience à la Coupe du Monde U19 lorsqu’il a joué les États-Unis en ouverture. Il y a eu sept Coupes du Monde U17 et les Américains n’ont jamais perdu un match. Mon père venait de décéder et symboliquement c’était fort de jouer les États-Unis dès le premier jour. Mais ce n’est pas la compétition et il ne faut pas se focaliser sur ce rendez-vous. Dès le deuxième jour on jouera l’Italie qui a éliminé les U16 en quarts de finale à l’Euro. Il ne faut pas se tromper d’objectif.

TP, Tony, monsieur Parker, coach… Comment vos joueurs doivent-ils vous appeler ?

Coach

Et à la question quel est votre métier aujourd’hui, que répondez-vous ?

Je suis entraîneur de basket.