A l’issue des Jeux Olympiques de Paris, avez-vous hésité à poursuivre votre carrière internationale ?
J’y ai réfléchi. Ça m’a traversé l’esprit. Mais j’ai encore l’amour du jeu donc la réflexion a été plutôt rapide. Malheureusement l’été dernier je n’ai pas pu venir en Équipe de France, j’avais mal à la cheville. Donc quand tu rates une compétition, et pour moi c’était la première fois, ça te traverse l’esprit : qu’est-ce que je fais ?
Vous avez remporté six médailles avec les Bleus. Votre quête d’une médaille d’or vous a-t-elle poussé à poursuivre ?
C’était très dur pour moi de dire non l’été dernier. On ne va pas se mentir. Un championnat d’Europe c’est une chance de médaille d’or plus grande qu’une Coupe du Monde ou des Jeux Olympiques. C’était une forme de renoncement parce que je ne sais pas si je referai un EuroBasket un jour. Forcément, je veux gagner. Mais je ne suis pas sûr que je sois autant à la recherche de l’or qu’il y a 5-6 ans. Je veux profiter de mes derniers instants avec ce maillot. Et aider ce groupe qui est jeune.
En voyant une nouvelle génération talentueuse arriver est-on désireux de partager des moments avec elle ?
Non c’est tout l’inverse. Tu te dis putain je suis vieux ! (il explose de rire) Tous mes gars sont partis. On se retrouve les deux plus anciens avec Rudy Gobert. Mais il y a toujours eu du renouvellement en Équipe de France, c’est normal. Et tous les deux nous avons un rôle à jouer. Quand nous sommes arrivés en sélection, avec Thomas Heurtel, Joffrey Lauvergne, Rudy Gobert, les plus anciens, Boris Diaw, Mike Gélabale, Florent Pietrus, ont été très importants dans notre développement. Pour nous faire comprendre ce que voulait dire l’Équipe de France, comment elle fonctionne. C’est à notre tour de faire ça. Ça ne veut pas dire qu’on ne va pas taffer pour gagner des matches, mais on a une plus grosse responsabilité que ce qu’on avait avant.
Est-ce aisé, à 33 ans, de se fondre dans un nouveau rôle, d’être quelqu’un d’autre…
(il coupe) Je ne vais pas être quelqu’un d’autre. Je vais rester moi-même. Pas question de forcer les choses. Simplement dans un groupe aussi jeune il y a forcément une part de découverte, d’inconnu. C’est là où je pense qu’on peut intervenir. Je ne vais pas me mettre à parler tout le temps, j’interviendrai quand j’estimerai qu’il faudra dire quelque chose. Et ça devra être important. J’ai toujours été assez vocal à certains moments. Et sur le terrain je serai moi-même.
13 ans après vos débuts, avez-vous la sensation que le temps a filé à une vitesse folle ?
J’ai des moments comme ça. Hier je regardais à droite à gauche et je me disais que je n’avais quasiment rien vécu avec ce groupe. En plus, le staff a beaucoup changé, ce ne sont pas que les joueurs. Forcément il y a quelques têtes qu’on connaît. C’est beaucoup à absorber. Mais c’est rafraîchissant en même temps. Ne pas rester sur ses acquis c’est intéressant. Je suis impatient de continuer à avancer et de faire les premiers matches.
Vous sortez d’une saison exceptionnelle marquée notamment par le titre d’EuroLeague (MVP du Final Four). Cela vous a-t-il conforté dans l’idée que vous aviez encore beaucoup à offrir à l’Équipe de France ?
J’ai toujours été convaincu que pour venir en Équipe de France il faut performer. Je ne suis pas fan des passe-droits. Que puisque je suis là depuis plus de dix ans, je dois être dans l’équipe. Non. Ça se mérite d’être là. Et je le prends à cœur. Je ne veux pas faire partie de l’équipe parce que je m’entends bien avec qui que ce soit.
2026 est une année sans compétition. Avez-vous le regard tourné vers le Qatar 2027 et Los Angeles 2028 ?
Non, je ne me projette pas du tout. Surtout les Jeux. Ça me gonfle quand les gens parlent des Jeux. Déjà il faut se qualifier et ce n’est pas facile. Le plus important c’est là, c’est ce qu’on fait maintenant. Ça ne sert à rien de parler de l’année prochaine. On ne sait pas qui sera là, s’il y aura des blessés. Concentrons-nous sur ce qu’on a à faire.