Basket 3x3

Marie Mané : "Poursuivre ce rêve de participer aux Jeux Olympiques"

Par Julien Guérineau|Aujourd'hui
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À 30 ans, Marie Mane est repartie en quête de son rêve olympique. Los Angeles 2028 dans le viseur, alors que la course aux points du ranking FIBA a débuté le 1er janvier et que l’Équipe de France a bouclé son premier stage de préparation à une période estivale qui sera chargée.

15 joueuses ont effectué un stage à Landernau. Est-ce aisé de se motiver pour des stages qui, contrairement aux fenêtres internationales 5x5, n’aboutissent pas sur des rencontres officielles ?

Oui tout à fait. Le 3x3 reste pour moi une bouffée d’air frais. C’est cool de retrouver les coéquipières et de remettre des choses en place. Ce stage permet surtout de se projeter vers l’été et de voir un peu l’organisation, d’avoir les dates des tournois et ce que le staff a en tête.

Après une année 2025 marquée par de nombreux essais, avez-vous la sensation que l’Équipe de France féminine 3x3 est désormais en ordre de marche ?

Je pense. L’an dernier, comme nous l’avait expliqué François Brisson, le but était de faire une revue d’effectif. Il y a eu beaucoup d’équipes, beaucoup de joueuses, beaucoup de tests. Avec la volonté de gagner du temps par rapport à 2026. Du fait des changements de règles de la FIBA, le comptage des points au ranking dans l’option des Jeux Olympiques se fait maintenant sur deux années. Et cela change la donne. Dès cette année il y aura potentiellement des choix forts qui seront faits. Il n’y a plus le droit à l’erreur contrairement à l’été précédent.

À titre personnel, avez-vous Los Angeles 2028 en tête ?

Evidemment. C’est ce qui me motive. J’avais Tokyo en tête en 2021. Voilà… Paris en tête en 2024. Voilà… Si je veux me motiver à poursuivre le 3x3, il faut que j’aie un objectif. Et c’est celui-là. Deux ans c’est demain.

Comment avez-vous vécu la déception, et peut-être la colère, de ne pas avoir été retenue pour les Jeux de Paris ?

Il y a plusieurs étapes. A Tokyo j’étais remplaçante. Je ne partais pas avec un si grand espoir d’être dans l’équipe. A Paris j’avais l’ambition de faire partie de l’équipe. Le plus dur a été d’endosser de nouveau le rôle de remplaçante. Tu dois rester au contact de l’équipe jusqu’au bout. Je l’ai fait parce qu’on sortait d’une année de préparation et je voulais que les filles performent. Il y a forcément de la colère, de la déception, de la frustration. Des choses qu’il faut garder pour soi pendant un mois avec les joueuses qui partaient aux Jeux. Ça a été dur à vivre.

Est-ce dans votre personnalité de ne jamais renoncer ?

Je suis câblée comme ça. Je suis sagittaire en plus ! Ascendant taureau. Je ne sais pas si ça joue (elle rigole). Je ne peux pas lâcher. Tant que mon corps est apte à jouer, je vais continuer à poursuivre ce rêve de participer aux Jeux Olympiques. Je vais forcer jusqu’au bout.

Une nouvelle génération de millenials a rejoint le groupe France, comment vivez-vous votre statut de vétéran ?

Tant que Marie-Eve Paget et Laëtitia Guapo sont dans l’équipe je ne serai pas la plus vieille ! Donc j’ai une petite marge de manœuvre. On commence à le sentir. Vaciana Gomis m’a mis dans le vent plusieurs fois pendant le tournoi et je me suis dit que ça allait vite et qu’il allait falloir gérer potentiellement cette dimension physique. Le groupe est multigénérationnel mais s’entend super bien. C’est un avantage.

Le fait que cette génération est très aculturée au 3x3 via les équipes jeunes change-t-elle la donne ?

C’est très cool. Nous sommes toutes rapidement sur la même longueur d’ondes, on a les mêmes automatismes. C’est un gain de temps crucial. Les principes, les systèmes sont vite intégrés. On l’a ressenti lors de ce stage avec une progression rapide même face à des filles avec lesquelles je n’avais jamais joué. On a des problèmes de riche en France. On pourrait faire deux équipes capables de se qualifier au tournoi olympique. On va le voir cet été avec des moins de 25 ans qui vont jouer, une équipe invitée sur le circuit des Women’s Series et l’Équipe de France. Quand il y a des confrontations directes, impossible de dire à l’avance qui va gagner. Le vivier est immense.

Comment imaginez-vous votre été 2026 ?

J’espère qu’il sera chargé. Cela voudra dire que je suis en forme et que je ferai partie d’une équipe qui va concourir sur les Women’s Series. On ne sait pas encore comment vont se construire les équipes par rapport la course aux points au ranking. Ce sont des choix stratégiques que les coaches vont devoir faire.

Plusieurs joueurs ont fait le choix exclusif du 3x3 grâce au World Tour FIBA. Si le circuit féminin existait, les imiteriez-vous ou préférez-vous alterner 5x5 et 3x3 comme c’est votre cas aujourd’hui ?

C’est un découpage qui me convient. Je trouve le 5x5 et le 3x3 très complémentaires. Le 5x5 en hiver, le 3x3 en été. J’aime bien ce type d’enchaînement. Le jour où le circuit féminin sera l’égal du circuit masculin, je pense que je n’aurai plus l’âge d’assumer des saisons avec des Coupes d’Europe et le 3x3. Ça sera peut-être le bon moment de basculer. Pour l’instant j’aime la répartition. Surtout que j’aime bien commencer les saisons de 5x5 un peu tard. Je trouve le temps de couper pour éviter les enchaînements.

Vous avez signé à Saragosse en novembre 2024. A Gran Canaria en octobre 2025. C’est à contre-courant d’un basket féminin où les signatures s’effectuent dès le printemps. Un choix ou une situation subie ?

Un peu des deux. Mais cela reste assez personnel parce que je n’aime pas enchaîner. J’ai fait une saison où j’étais pas mal blessée puisque mon corps n’avait pas le temps de se reposer. J’ai bien vu que ce n’était pas idéal. La saison de 3x3 se termine souvent mi-septembre. Les clubs ont déjà repris. Je ne trouve pas ça optimal de se concentrer sur les deux en même temps. Je préfère couper et j’évite la reprise sur les pistes d’athlé. Quand j’arrive sur le marché il n’y a pas forcément beaucoup de joueuses disponibles et j’ai presque plus de choix en septembre qu’en avril paradoxalement.

Ce positionnement est-il lié à votre expérience d’un an entièrement consacrée à la préparation des Jeux de Paris ?

L’année 3x3 nous offrait quand même du temps libre. Nous faisions trois semaines ensemble avec une semaine en autonomie chez nous et nos week-ends quand il n’y avait pas de tournois. J’ai vraiment apprécié ce luxe de pouvoir être auprès de ma famille. J’avais décidé rapidement que je ne jouerais pas juste après les Jeux. Pour les opportunités si j’avais participé. Pour le risque de flancher mentalement si je n’étais pas retenue. Et c’était un très bon choix. Même si l’été s’est conclu sur un titre au Women’s Series, je n’aurais pas pu enchaîner. J’étais trop fragile mentalement.

On taxe parfois les joueurs de mercenaires quand il enchaîne les contrats. Vous avez connu trois équipes cette saison, comment le vivez-vous ?

Je le vis bien mais c’est drôle parce que je me suis justement posée la question récemment. Trois clubs dans la saison : en fait je suis une mercenaire ! Ce n’est pas fou mais ça me va. Je suis en accord avec mes choix. A Gran Canaria je n’étais pas prête à tout accepter et à l’image de mes autres coéquipières françaises, je suis partie alors que j’étais engagée jusqu’à la fin de saison. En Chine également mon contrat allait jusqu’à la fin de la saison régulière. Ensuite j’ai signé à Murcie. J’aime bien bouger mais je le fais jusqu’en fin de saison pour avoir un peu de stabilité.

À 30 ans, la dimension économique dicte-t-elle vos choix ?

Je ne suis pas du genre à signer n’importe où pour un contrat. Et je n’hésiterai pas à partir si les choses ne me conviennent pas, même si le contrat est très lucratif. Mon mental n’a aucun prix et je l’ai appris avec le temps. En Chine la dimension financière a joué mais j’avais déjà eu des opportunités à des périodes où je n’étais pas prête à franchir le pas.