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Interview - BasketBall Magazine

Théo Pichard "Je prends un plaisir monstrueux chaque week-end"

Par Propos recueillis par Julien Guérineau (FFBB)|Aujourd'hui
Interview Basketball Magazine   Théo Pichard
Trois ans après sa sortie du Pôle France, Théo Pichard (1,98 m, 21 ans), ancien international chez les jeunes, a surmonté les blessures à Monaco puis le manque de temps de jeu à Orléans pour s’épanouir à Charleville-Mézières, affichant la meilleure évaluation de la Nationale Masculine 1.

Le 6 mars dernier, vous avez signé 29 d’évaluation face au Pôle France. Que représentait ce match pour vous ?

Quand on sort du Pôle France, c'est sûr qu’on ne se dit pas qu’on espère le rejouer un jour, à part peut-être en fin de carrière. Mais ce sont les aléas du métier de la vie d'un sportif : des hauts et des bas. Là j'essaye de remonter là où je voulais aller, c'est-à-dire au plus haut niveau. Il faut donc refaire ses preuves. C'était peut-être plus facile que prévu puisqu’il y a eu un changement de coach et qu’au niveau de l’effectif, tous ceux que j’avais côtoyé étaient partis. Mais ça fait toujours bizarre de jouer contre le Pôle France.

Au-delà de votre position de leader de la division à l’évaluation, le chiffre le plus important pour vous est-il celui de votre temps de jeu ?

On peut dire que ce qui me fait le plus plaisir c'est de jouer autant. Avec mes blessures à Monaco, Orléans où les opportunités de jouer étaient peu nombreuses même si j’ai gratté des minutes, quand tu arrives à jouer 30 minutes de moyenne à Charleville à chaque match, ça fait toujours plaisir. Mais ce qui m'importe le plus et cela a toujours été ainsi, c'est de gagner des matches. C’est là que je me sens mieux en tant que compétiteur. Et j’espère que ce qui m'arrive en ce moment pourra continuer le plus longtemps possible par mon travail, ma discipline et ma persévérance.

A quel point le chemin a-t-il été long pour revenir à haut niveau ?

A Orléans je n’avais pas de minutes mais je pouvais encore travailler. Il faut savoir que j'arrivais en salle de musculation à 7h30 tous les matins, avec le préparateur physique Diego Pinto. Je repartais il était 20 h. Quand je suis revenu de blessure avec Monaco, j’étais en surpoids. Depuis j’ai perdu 14 kilos et j’ai retrouvé mon poids de forme. Après tous les matches on faisait du cardio, que ce soit à domicile ou à l'extérieur. Des allers-retours avec ballon et du shoot. Une fois, à Antibes on n’avait pas la salle. On a fait ça dehors sur le parking. Il faisait 4 degrés et je courais en survêtement Orléans. Diego et la kiné, Charlotte Caillé, font partie des raisons pour lesquelles je suis revenu en forme. Je n'ai jamais lâché et j'ai bien fait parce qu'aujourd'hui je m'épanouis et j'arrive à trouver le temps de jeu dont j'ai besoin pour pouvoir performer.

Étiez-vous confiant quant à votre capacité à avoir un impact en NM1 ?

Je ne peux pas dire qu’en venant ici j’avais des certitudes. Mais je savais quand même que j'avais toujours mon basket, c'est-à-dire de pouvoir un peu tout faire sur le terrain. Faire jouer les autres, aller au rebond, défendre. Là où je surprends un peu plus de monde c'est dans ma capacité à pouvoir franchir et pouvoir aller scorer et provoquer des fautes. On m’a catalogué comme quelqu'un qui savait faire des passes et pas grand-chose d'autre. Cela vient aussi du travail physique pour avoir ce premier pas de faux-lent. Quand la machine est lancée il faut quand même l'arrêter… C’était malgré tout difficile après deux ans sans jouer ou presque de se dire "je vais être meilleure évaluation de NM1 au bout de 15 matches."

Le tir à trois-points a pris une importance essentielle dans le basket moderne. Or vous n’avez inscrit… aucun tir primé depuis le début de saison. Êtes-vous totalement à contre-courant des tendances ?

Je ne sais pas si je suis à contre-courant mais en tout cas je travaille tous les jours sur ce tir. Ce qui a changé entre Orléans et ici c'est qu’à Orléans je me concentrais beaucoup sur le physique. Aujourd’hui je travaille autant mais je consacre le temps au shoot. J'ai la chance d’avoir beaucoup la balle en main à Charleville et je prends mes tirs à l'entraînement en étant de plus en plus efficace. Je suis persuadé qu'en match, le jour où je vais prendre un peu de confiance je vais élargir ma palette de jeu et ça va être encore plus compliqué pour la défense de m'arrêter. J’ai joué avec les Équipes de France 3x3 cet été avec Charles-Henri Bronchard et je pense que ma confiance vient un peu de là. Il m'a fait confiance dès le début, m'a mis dans le roster alors que je n'avais jamais fait de 3x3. On a par exemple travaillé le post up et "Chuck" comme on le surnomme m’a donné tous ses trucs. Il m'a redonné confiance dans le basket et dans l'être humain.

Comment s’est déroulée votre arrivée à Charleville-Mézières ?

L’idée d’Orléans était de me prêter depuis mai dernier. Mes agents ont beaucoup cherché et essuyé beaucoup de refus d’équipes qui pensaient que je n’avais pas le profil ou plus simplement pas le niveau. Entre-temps le meneur américain s’est blessé donc j’ai eu une place un peu plus importante dans la rotation à l’OLB. Quand il est revenu, en revanche, je ne suis presque pas rentré en jeu pendant trois mois. Sébastien Michineau s’est blessé à Charleville et le coach m’a appelé en me disant qu’il comptait sur moi. Quand on te propose les clés du camion, tu ne réfléchis pas. Ça a été libérateur. Je prends un plaisir monstrueux chaque week-end.

A votre sortie du PFBB, votre choix de signer à Monaco avait surpris. Avec le recul, regrettez-vous ce choix ?

On m’a tellement posé cette question. J’ai toujours dit que je n’étais pas sorti de l’époque monégasque meilleur basketteur mais je suis sûr que je suis devenu quelqu'un de plus fort mentalement. Quand tu sors d’une blessure au genou qui dure six mois, que tu reviens pour te faire une cheville et que la saison se termine, c’est compliqué. Ce n'est pas facile de dire qu’il n’y a aucun regret mais j’ai passé 10 jours à Bormio avec l’équipe professionnelle où le coach Sasha Obradovic a été très constructif et où j’ai beaucoup appris. Au final, ce n’était pas 100% positif parce que y a pas eu tout ce que je voulais, il n’y a pas eu de basket mais j’assume totalement ce choix.

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