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Equipe de France féminine - Préparation JO

"Le haut niveau me faisait peur"

(Crédit : Julien Bacot/FFBB)
Propos recueillis par Kévin Bosi (FFBB) - 10/08/2016
Elle évoluait encore en NF3 en 2010. En 2016, Helena Ciak (26 ans, 1,97m) dispute les Jeux Olympiques de Rio avec les Bleues. Une ascension fulgurante pour celle qui avait jusqu’alors refusé le haut-niveau.

Que représentent les Jeux Olympiques à vos yeux ?
J’ai vu les J.O. de Londres en 2012 à la télévision. Je m’étais dit qu’un jour j’y serai. Pendant quatre années, j’y ai pensé, j’ai travaillé. J’avais toujours dans un coin de ma tête cet objectif. C’est un rêve devenu réalité. Il y a les titres en club, les compétitions internationales, mais les J.O. c’est unique et exceptionnel. Pour en avoir parlé avec certaines, c’est un truc de fou. J’ai toujours eu envie un jour de vivre ça, je m’en suis donné les moyens et ça a été ma motivation première.

En 2012, ce rêve semblait loin de vous tout de même. Vous veniez de terminer une saison en LF2 avec Perpignan, et quatre ans plus tard vous voilà aux Jeux…
Je suis passée par plusieurs étapes. Arriver en Équipe de France, avoir un bagage en Ligue Féminine et en Euroligue. Pour y arriver, il fallait que je bosse à fond. J’ai travaillé avec mes entraîneurs, j’ai essayé de grappiller les échelons, et aujourd’hui me voilà aux Jeux. J’ai toujours été déterminée, j’ai eu des moments très difficiles où j’étais fatiguée mentalement, j’étais sous pression, j’ai eu des doutes parfois. Je me demandais si j’allais y arriver. Il y a des moments où j’ai craqué, où j’ai voulu tout arrêter, mais je ne me suis pas laissée abattre.

 Votre père est un ancien basketteur international en Équipe de Pologne (81 sélections). Vous saviez ce qu’était le haut-niveau, et vous avez refusé l’INSEP, les centres de formation, les Équipes de France jeunes. Qu’est-ce qui vous faisait peur ?
Mon père a connu beaucoup de déceptions par rapport à mon parcours. Ça a été des sujets de disputes d’ailleurs entre nous. Il ne comprenait pas. Je lui disais que si lui avait connu le haut-niveau, moi je n’avais pas envie de faire cela. À cette époque, je voulais rester dans mon cocon orléanais. Faire du basket tous les jours, manger et dormir basket, ça ne m’intéressait pas. Et puis je me suis lancée en 2010, au début ça a été très difficile. Il y avait un énorme écart de niveau, je ne m’attendais pas à ça. J’avais déjà dans un coin de la tête l’Équipe de France à court terme, et les Jeux à plus long terme.

Au-delà de votre progression depuis quatre ans, on peut même remonter en 2010 où vous évoluiez en NF3 avec Saran. C’est incroyable d’être aujourd’hui aux J.O. ?
C’est un truc de fou. Quand j’étais à Saran il y a six ans, jamais je n’aurais cru être là aujourd’hui. À un moment, j’ai eu un déclic. Je m’ennuyais, je ne prenais pas de plaisir à ce niveau. Le haut-niveau me faisait peur, j’avais mes copains et mes copines, ma famille. Je voulais plutôt devenir kinésithérapeute, j’aimerais toujours d’ailleurs. Je faisais mes deux entraînements par semaine, mon petit match le dimanche. Ça m’allait. Et puis j’ai sauté le pas. J’ai eu peur de regretter quelque chose. Il fallait que je me lance. L’histoire a commencé, il y a eu beaucoup de bas. Et puis les hauts sont arrivés.

2016 est une année particulière pour toi. Il y a évidemment les Jeux, mais aussi le choix de partir cet été à l’étranger pour jouer à Koursk en Russie.
Une carrière de basketteuse, ça ne dure pas toute la vie, je n’ai pu trop le temps. Petit à petit j’ai eu des objectifs. Et je voulais aller à l’étranger, tenter une expérience. Koursk s’est présenté, j’ai vraiment hâte. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir une opportunité comme cela. Il y aura sans doute des moments difficiles. Maintenant que je suis lancée, je n’ai plus peur de rien, j’ai envie de tout découvrir.

Avec quelle ambition se présente l’Équipe de France féminine à Rio ?
Clairement, la médaille. Pourquoi ne pas réitérer ce qui a été fait à Londres il y a quatre ans. Il faudra prendre les matches les uns après les autres, gagner la rencontre d’aujourd’hui puis celle de demain. On a une poule compliquée, il faudra être bien classé pour avoir un croisement favorable en quarts de finale. Et puis voir où cela nous mène. Réécrire une nouvelle histoire olympique, c’est faisable. On a une bonne équipe, un super groupe. On a fait une bonne préparation et un Tournoi de Qualification Olympique à Nantes intéressant. On a les armes, on peut faire quelque chose de bien.

 À titre personnel, quels sont vos objectifs au Brésil ?
Avant tout de prendre du plaisir, de profiter des instants. Après sur le terrain, je dois apporter ce que Valérie Garnier attend de moi : des rebonds, de la défense. Je prends les minutes qui me sont données et je me mets à 200%.

Il y a deux, dans l’émission « Dans Le Cercle » de la Ligue Féminine, vous déclariez vouloir « rattraper le temps perdu ». Y êtes-vous parvenue ?
Oui je pense que depuis mon départ de Saran il y a six ans, j’ai vécu pas mal de choses. Je fais mon chemin, chaque année j’ai de nouveaux challenges et c’est cela que j’apprécie. Les années passent, je ne fais la vieille à 26 ans mais je vois des jeunes pousses qui arrivent comme Marine Johannes et Olivia Epoupa, qui vont faire les Jeux à 21 et 22 ans. J’ai l’impression d’avoir rattrapé le temps perdu, je ne regrette absolument pas mes choix. Mais peut-être que j’aurais pu vivre tout cela plus tôt. Je suis tout de même contente de faire tout cela. Même si je m’y suis mise tard, j’ai réussi à aller où je voulais.